Nantes

Si vous voulez sortir des sentiers battus touristiques comme le chateau des Ducs de Bretagne, les machines de l'Île, le voyage à Nantes, le Musée d'Arts, l'estuaire avec son parcours artistique, allez sur les traces du passé maritime nantais. Vous aurez de quoi réfléchir sur la manière dont les richesses des uns naissent encore dans nos sociétés d'aujourd'hui.

La devise de Nantes est : «Favet Neptunus eunti» c'est-à-dire «Le dieu des mers aide ceux qui osent». La ville et ses environs proches, remarquablement bien placés pour les activités transatlantiques ont en effet été marqués par une histoire maritime avec deux grandes périodes contrastées.

Au delà des apparences

Nantes la prospére

Nantes a commencé doucement à lever le voile sur ce qui a fait sa richesse entre le 17ème et le 19ème siècle. Pendant cette période Nantes a été le premier port négrier français, le pôle français majeur du commerce triangulaire.
Un négrier était un navire impliqué dans la traite des Noirs. Affrété par un armateur, il partait de Nantes chargé de marchandises de troc. Arrivée sur les côtes africaines, la cargaison était échangée contre des hommes captifs qui étaient revendus avec une plus-value comme des esclaves en Amérique et aux Antilles. Par extension un négrier est devenu aussi l'armateur qui affrètait les navires nécessaires à ce commerce.
Au XVIIIe siècle, l'argument pour défendre la traite des noirs était avant tout économique. C'est donc au nom de l'emploi et de la prospérité de la construction navale et de ses débouchés que ce commerce tout à fait particulier a pu se développer. Quelques clichés racistes venaient s'y rajouter.
La traite des esclaves noirs a duré du début des années 1700 jusqu'à environ 1830. La déportation à partir de Nantes de 550.000 Africains vers le continent américain a largement contribué à la prospérité de la ville.

La mémoire désensibilisée

Depuis quelques années cette mémoire sensible et sombre, enfouie pendant des siècles, se désensibilise petit à petit.
En 1991 l'exposition "Les Anneaux de la Mémoire" a été présentée au Château des Ducs de Bretagne. C'était une grande première en Europe sur l’histoire de la traire négrière occidentale. Dans la continuité de cette exposition, le musée d'Histoire de Nantes établit dans le Château des ducs de Bretagne en centre ville, consacre un parcours thématique à la traite des Noirs et de l'esclavage.
Depuis 2007, la journée du 10 mai commémore dans l'Hexagone l'abolition de l'esclavage.
Le Mémorial de l'Abolition de l'Esclavage |point A sur le trajet de la ballade à pied dans Nantes|, inauguré en mars 2012, est situé sous le quai de la Fosse. C'est un choix hautement symbolique, car c'est de là que partaient les navires nantais vers les côtes africaines. Sur le quai de la Fosse |point C sur le trajet de la ballade à pied dans Nantes| et sur l'Ile Feydeau |points D et E sur le trajet de la ballade à pied dans Nantes| de riches hôtels particuliers parfois ornés de mascarons aux traits africains ont longtemps été les seules traces incognito, mais encore vivantes, du passé de ces armateurs qui ont fait fortune avec le commerce triangulaire. Par exemple sur le quai de la Fosse la maison Trochon au N° 17, l'hôtel O'Riordan au N°70, l'Hotel Durbé au N°86 ou le N°6 de l'Allée Brancas |point F sur le trajet de la ballade à pied dans Nantes|. La banlieue nantaise, a encore de cette époque toute une floraison de "Folie" ou « demeure aux champs » avec des intérieurs somptueux.
La passerelle Victor SCHOELCHER, rappelle le passé "bois d'ébène" de Nantes. En effet il est connu pour avoir agi en faveur de l'abolition définitive de l'esclavage en France, via le décret d'abolition, signé par le gouvernement provisoire de la deuxième République le 27 avril 1848. La passerelle, qui relie le quai de la Fosse à l'île de Nantes, est tout à fait originale sur le plan technique. Construite de 2000 à 2001, elle évolue avec le niveau du plan d’eau permettant ainsi en toutes circonstances le passage des piétons et des navires.
Certaines rues portent le nom de nantais de l'époque appartenant à la bourgeoisie locale. Mais ces négriers ont été honorés d'un nom de rue sans qu'aucune référence ne soit faite sur la manière dont ils ont constitué leur richesse : rue Montaudouine |point B sur le trajet de la ballade à pied dans Nantes| du nom d'un membre d'une famille d'armateurs et de négociants, dont l'une des membres était propriétaire d'un immeuble dans cette rue, rue Kervégan, avenue Bourgaud Ducoudray, rue Guillaume Grou, rue Leroy, chemin Bernier, Avenue Guillon, avenue Millet, etc..


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Pour en savoir plus
Voici quelques livres et une vidéo sur la traite des noirs aussi appelée commerce du bois d'ébène.
"Introduction à Esclavage et colonisation", Auteur : Aimé CESAIRE recueil de textes publié par Emile Tersen Editeur : Presses Universitaires de France, Paris, 1948.
"Sacred Hunger" - Auteur : Barry Unsworth - Éditeur : Hamish Hamilton - Récompenses : Prix Booker en 1992.
"Le temps des caravelles" paru en janvier 2008 - Auteur : Kangni Alem Alemdjrodo - Editeur : Editions Gallimard
"Bois d'ébène" documentaire-fiction de Moussa Touré, cinéaste sénégalais.

Trentemoult, une autre histoire de marins

Sur la rive gauche de l’estuaire, face au port de Nantes, est niché Trentemoult, ancien village de pêcheurs et de cap-horniers, avec ses maisons de toutes les couleurs le long de ruelles étroites.
Un demi-siècle après la fin de la traite des noirs, une importante flotte nantaise de cap-horniers a sillonné le monde. Auteurs de véritables prouesses maritimes entre 1848 et 1920, les capitaines avaient leur maison près de Nantes, entre autre à Trentemoult. Les maisons des capitaines de cap-horniers se reconnaissent encore de nos jours car elles ont souvent un palmier dans le jardin.
Aujourd'hui Trentemoult est devenu un port de plaisance et un village d'artistes avec une vingtaine de professionnels des arts visuels. Ils ouvrent leur porte tous les 3èmes week-end du mois. Et une fois par an, début juin, le parcours des créateurs vient animer le village. Les créateurs propose des pièces uniques en algues, des bijoux vintage, des luminaires et des objets insolites, de la déco métal, des sacs en toile à voile de bateaux recyclée, des foulards en soie peinte à la main, des bricolages créatifs et upcycling (surcyclage), de la papeterie artisanale, de la photographie, de la mosaïque, de la linogravure, du modelage traditionnel en terre cuite, des sculptures, de la céramique, du raku, de la peinture, des estampes, des aquarelles et des dessins, de l'art textile, etc.. La prochaine édition aura lieu début juin 2018.
Pour aller à Trentemoult emprunter la navette fluviale Navibus à partir de la gare maritime, Quai Ernest Renaud à Nantes, arrêt Trentemoult Roquios, 1,60€ le ticket à l'unité, valable 1 heure ou gratuit avec le pass Nantes.